Avertissement :
1/ Je suis un être insensé, construit à partir de subjectivité profonde et d’obsession irrationnelle. Donc il est certain que vous ne serez pas d’accord avec l’entièreté de ce que je raconterai ; c’est là toute la beauté d’être plongés dans un autre regard que le sien. N’hésitez pas si vous souhaitez reprendre le concept selon votre propre regard !
2/ Mon but n’est pas de faire de la peine à des fans de la BD, mais de donner ma perspective très centrée sur mon intérêt pour les fictions, les personnages et les structures narratives, et aussi ma vision d’adulte sur une œuvre dont je suis fan depuis mon adolescence. Si c’est pénible pour vous de lire un avis un peu franc du collier sur des personnages ou relations que vous appréciez, vous êtes en droit de (et êtes, en fait, fortement invités à) ne pas lire ce post.
Dans les deux précédentes parties de ce « Perso je trouve », je parlais de la relation qu’a Camille avec, d’une part les quatre autres personnages principaux, et d’autre part, Saul. Ces parties m’ont menée à deux conclusions :
1/ Camille est un personnage très effacé, et peu développé dans son archétype de parfaite élève.
2/ Camille est dans une dynamique amoureuse qui, au lieu de nous en révéler davantage sur elle, ne fait qu’illustrer à quel point son personnage manque d’autonomie.
Vers la fin de cette deuxième partie, je parlais du fait que Camille paye depuis plusieurs tomes pour un « crime » qu’elle n’a pas choisi de commettre, aussi loin qu’on le sache. Pour certains, ce « crime » est ce qui fait de Camille un personnage intéressant et profond.
Pour moi… c’est la partie du personnage qui me déstabilise le plus.
Parlons de Camille en tant qu’Élue du Mal.
PARTIE 3 : « L’ASTRE MORT QUI GUIDERA LES DERNIÈRES FAMILLES »
On entend parler de l’Enfant-Minuit tout au long du cycle 2. Cet être assombrit les visages de ceux qui l’évoquent, et semble représenter une menace inouïe, au point même de rendre le cycle 1 un peu plus effrayant en rétrospective. Car non seulement la Disparition plonge les cinq enfants principaux dans un contexte très difficile, mais en plus de ça, l’un d’entre eux serait un danger pour les autres.
N’oublions pas que ce mystérieux enfant est ce qui a poussé Sélène et Alexandre à attaquer le groupe de Fortville, et ce qui semble aussi lié à la présence du Monolithe puis, plus tard, à l’apparition des Terres-Basses.
Une question nous trotte alors dans la tête, jusqu’à occuper une grande part du tome 8 : qui ? Qui est l’Élu du Mal ? Tous les héros passent sous les radars de la main d’Aldéric pour que les Sages tentent de le déterminer ; Lucie, un simple bébé, est enfermé en Chambre Blanche par crainte qu’elle puisse être un danger ; Dodji est tellement angoissé à l’idée qu’il s’agisse de lui qu’il se donne sans le vouloir en pâture au Maître-Fou.
Et c’est à la fin du tome 9 que le glas sonne, que la vérité éclate au grand jour : poignardée par Toussaint, Camille se révèle dans un tourbillon de coccinelles. L’Enfant Minuit, c’est elle.
Côté fans, après le choc, d’autres questions jaillissent. Pourquoi ? Comment ? Ça veut dire que Camille savait ce qu’elle était depuis le début, ou pas ? Qu’est-ce qu’il va se passer ensuite ?
Avec le tome 10, le cycle 3 ouvre le bal des réponses aux grandes questions de Seuls.
A) Un cycle peu subtil
Le cycle 3 est celui de la BD que j’aime le moins. Dès le début du tome 10, quelque chose ne va pas ; quelque chose que j’ai mis un bon moment avant de situer, pour être honnête. Mais c’est un problème presque continu, qui se ressent dans les tomes 10, 11 et 13, et même après.
Je vous réunis quelques répliques qui m’ont marquée, pour que vous puissiez comprendre :
Page 9, tome 10. Terry : « Oh non, la 6è Famille ! Faut surtout pas s’faire voir, y vont essayer d’nous capturer ou d’nous tuer !! J’étais trop bête aussi… ça pouvait pas être des adultes, vu qu’y en a pas dans les Limbes !… mais j’avais tellement envie que… que... »
Page 4, tome 11. Yvan : « En plus, j’ai la nette impression qu’il y a quelqu’un d’autre planqué dans le village... »
Page 21, tome 13. Terry « On s’retrouve tous les trois comme au tout-tout début d’nos aventures !! » ; Dodji « T’as changé, Leila, je peux le voir à ton regard. »
Les répliques des personnages essaient trop d’expliquer des choses aux lecteurs.
Terry est stressé et s’en veut d’avoir été naïf concernant les hélicoptères, mais il prend quand même le temps de répéter deux informations que le Maître et lui savent déjà. À ce moment-là, je ne regarde pas un personnage de cinq ans qui vit une situation complexe : je vois un outil qui sert un rappel au lecteur de la BD. Pareil pour Yvan : il a de quoi être mal à l’aise et angoissé à l’idée de ne pas être seul dans Kerdol, et pourtant, sa réplique est limite parodique tellement elle semble détachée. Ça fait quoi, quelques semaines que le groupe s’est séparé, quand Terry, Leila et Dodji se retrouve ? Pourtant le commentaire de Terry renvoie à leur rencontre au tome 1 comme s’ils avaient vécu des années sans se voir. Quant à la réplique de Dodji, qui dit ça… ?
Je sais que ça peut passer pour du pinaillage, mais pour ma part, ce manque de subtilité me hérisse le poil. Beaucoup d’explications et de justifications dans les dialogues, des scènes bien plus rares où on se prend l’impact de ce que vivent les personnages en implicite. Je veux bien comprendre qu’il est important de faire des révélations, mais pas quand celles-ci sont déblatérées de manière forcée qui ne correspond pas à comment les personnages parlent en temps normal.
Et...
B) L’Enfant-Minuit cherchant midi à quatorze heures
… pour moi, le pire dégât collatéral là-dedans, vous vous en doutez, c’est Camille.
Pas parce qu’elle parlerait moins subtilement que les autres. Pas parce que les révélations qui la concernent seraient pires que celles des autres ; mais parce que c’est bien le pire cycle pour mettre en avant une Élue du Mal fraîchement révélée.
Camille se trouve enfin dans une posture qui permet que l’attention se braque sur elle, qu’elle expose une partie sombre ou tragique de sa personnalité.
Maintenant, voyons ce qu’il se passe de son côté, à travers quelques questions:
Qu’est-ce qu’elle veut, au fond ?
On le sait, puisqu’elle passe tout le cycle à le répéter encore et encore : récupérer ses amis et les emmener à Fortville.
Pourquoi veut-elle les ramener à Fortville ?
On n’en est pas sûr. En soi, que le lecteur ne le sache pas tout de suite n’est pas un mal. Le mystère donne lieu à l’effroi… sauf quand cette incertitude, au lieu d’être utilisée finement pour nous faire peur, est étalée partout dans ses répliques, faisant perdre tout indice de subtilité. Mais passons.
De quels moyens Camille dispose-t-elle pour les ramener à Fortville ?
Il semblerait qu’elle sache localiser ses amis (elle retrouve Terry et Yvan sans problème). Elle peut aussi prendre une apparence normale pour tromper son monde. Elle est capable de se fondre dans la matière (comme un Monolithe en Legos ou une carte). Et enfin, non négligeable, c’est elle qui dirige les Dernières Familles.
Comment est-ce qu’elle s’y prend pour ramener ses amis à Fortville ?
Tome 10 : Elle commence très bien en réussissant à se faire passer pour normale auprès de Terry, sème le trouble entre lui et le Maître suffisamment longtemps pour emmener le gamin à l’écart, avant de... soudain reprendre son apparence zombifiée, garantie de rebuter son ami, et de disparaître dans un Monolithe en Legos. Échec.
Tome 11 : Elle rejoint Yvan et, bien que surpris, celui-ci est heureux de la revoir. Il essaie de comprendre comment elle a su le rejoindre, et elle lui sert un plutôt bon mensonge concernant les esprits, avant de l’inviter à la suivre à Fortville pour retrouver les trois autres… et puis elle évoque soudain des noms de Familles qu’elle n’est pas censée connaître. Yvan, d’un coup très inquiet, veut s’emparer d’un club de golf en protection ; elle comprend qu’il a vu clair dans son jeu, lui annonce ce qui va arriver dans les prochaines nuits, avant de disparaître dans la carte du monde que regardait Yvan l’instant d’avant. On ne la revoit pas non plus du tome ; le Ravaudeur prend le relais. Et même s’il commence bien, à la fin il échoue, et rien n’empêchait Camille de superviser les opérations si elle voulait parvenir à son but. Échec numéro 2.
Tome 12 : Là, elle n’essaie même pas de récupérer Leila. Elle se contente d’effrayer Saul, avant de disparaître dans la nuit. Je peux pas dire que c’est un échec ou que ça n’a pas marché, y a même pas eu tentative.
Tome 13 : Sans doute le pire qu’on ait vu jusque-là ; après une vague provoc’ et avoir mené le Cauquemar de Terry sur l’île du Chêne, elle tente de s’enfuir mais est capturée fissa par Yvan. Échec numéro 3, le standing de l’Élue du Mal vaincu par KO.
Alors, à quoi servent ces scènes, si l’Élue du Mal n’est jamais une vraie menace ? …
À faire de l’exposition.
À poser un indice sur le passé du Maître et sur le fait que Camille n’a pas eu la mort qu’elle prétend, dans le tome 10.
À nous name drop le nom des Neuvième, Dixième et Onzième Familles, dans le tome 11.
À expliquer qu’Anton est bien mort-dernier, dans le tome 12.
À faire des phrases vagues qui se veulent profondes et à confirmer que la Nuit des Anges est la nuit où le groupe est mort, dans le tome 13.
Dans le tome 13, Yvan dit « Elle tardera pas à se pointer pour nous faire flipper… Elle est comme ça, la nouvelle Camille ! ». Et en effet, elle est comme ça, la nouvelle Camille : elle sème des menaces sans les appliquer et laisse ses grouilleux s’occuper de tout à sa place, alors qu’elle a des pouvoirs surnaturels et est capable de manipulation. Elle ne fait que parler de ce qu’elle sait, de ce qui lui est arrivé et du fait de vouloir amener ses amis vers Fortville, dans des termes nébuleux qui, avec toute l’exposition qu’on se tape déjà dans le cycle, deviennent lourdingues.
Je ne peux pas prendre Camille au sérieux : elle ne fait rien directement. Elle se contente d’être dans les parages quand quelque chose d’horrible arrive ou s’apprête à arriver. C’est ça, l’Élue du Mal dont tout le monde a si peur ? Le symbole des terreurs des Premières Familles, accompagné de ses troupes, pas fichu de ramener quatre pélos à Fortville ?
Et le problème ne s’arrête pas à là : il s’étend à toute l’utilisation des Familles du Mal depuis le tome 9.
C) Une dirigeante sans royaume et sans conviction
Depuis son apparition dans le tome 3, Saul a toujours eu du pouvoir, et toujours des enfants sous son commandement et sa protection. Depuis les enfants de Treasure Island à ceux du clan du Soleil, pour finir par ceux de Néosalem, son peuple a évolué en même temps que lui. C’est pour ça que, qu’on aime ses méthodes ou non, on ne peut pas dire que ce gosse n’a pas l’âme d’un leader. Et on peut être impressionné par son leadership car on connaît les visages et parfois même les noms de ceux sur qui il règne.
Camille, elle, n’a jamais eu d’autorité. Alors que Leila, Yvan et Dodji se retrouvent tous tour à tour dans une position de chefs, elle suit toujours le groupe comme le font les personnages secondaires. Ce n’est pas un mal en soi, là encore : se faire projeter dans un rôle de dirigeante de cette armée de zombies, de singes et des personnages étranges et indépendants que sont les Antimages pourrait poser une nouvelle lumière sur elle. Après tout, les rôles de leader de Leila, Yvan et Dodji nous en ont appris sur eux, sur leur manière de diriger et sur les défauts que ça laisse ressortir chez eux !
Oui, mais pendant 7 tomes, Vehlmann et Gazzotti n’ont rien eu à nous dire sur Camille en tant que figure de pouvoir ou ex-figure de pouvoir. Même pas pour nous montrer qu’elle peine dans son rôle, ou qu’elle l’interprète à sa manière comme le fait Saul : rien du tout, parce qu’elle ne croise même pas ceux qu’elle commande ! Son peuple est dispersé, inexistant, tandis que son homologue du Bien se retrouve coincé dans des manœuvres politiques, déifié et applique les apprentissages de son père sur l’importance de la force. On voit son peuple à lui, le lieu où il règne, on voit ses décisions mises en application dans les tomes 12, 13 et 16. Saul est un souverain, c’est incontestable.
Camille ne parle à personne, on ne la voit pas dans le Monolithe, elle n’est même pas à l’origine de la transformation de Jonathan, elle doit se déplacer elle-même pour finalement ne rien faire. Ceux à qui on a appris à la redouter comme la peste se contentent de mal la regarder après sa « rédemption » dans le tome 13. Par la suite, Vehlmann et Gazzotti tentent de se rattraper en nous donnant une perspective sur le Mal comme symbole de la nature, de la faune et de la flore... sauf que la faune et la flore dans mon livre c’est pas des zombies qui veulent nous tuer jsp j’ai pas compris.
Enfin… plus sérieusement : un autre problème de Camille en tant qu’Élue du Mal, c'est qu’être Élue du Mal n’est pas sa « vraie » nature, sa « vraie » identité. Contrairement à Saul, qui semble embrasser sa fonction naturellement, Camille a été forcée de passer au Mal. Elle a été comme « contrôlée » des tomes 9 à 13, puis « réinitialisée » dans le tome 13, laissant place à une version d'elle-même plus sombre, triste et se sentant coupable de ses actes, mais incapable d’expliquer ce qu’elle semblait savoir quand elle était dans le Mal (« Je suis donc la seule à voir clair dans l’obscurité ? », page 29, tome 13). Du coup, qui est la vraie Camille ? Celle du Mal, ou celle qui reste une fois soignée ? Pour moi, il n’y a pas photo : celle qui a été soignée ressemble bien plus à ce qu’elle qu’on connaît depuis le début de la BD.
Dès lors, puisqu’elle a été forcée d’être l’Élue du Mal, comme Jonathan a été forcé d’être le Ravaudeur, j’ai une question : pourquoi se sentent-ils coupables ? Ils ont fait des choses terribles, je comprends, mais ce n’était pas des convictions cachées qu'on les a forcés à révéler, que je sache. Ils ont plus semblé possédés qu’autre chose. Et puis, de toute manière, entre le fait qu’elle se contente de faire flipouiller son monde avant de disparaître, et le fait qu’elle ait abouti dans cette situation après avoir été littéralement poignardée dans le cœur, je ne sais pas si Camille est l’antagoniste la plus antipathique que j’ai pu voir. Une fois changés, ils ne demandent qu’à rester avec leurs amis, qu’à reprendre ce qu’ils avaient avant : et ils y ont droit, sans discussion. La seule chose que Camille perd, c’est la confiance de Saul, et puisque Saul est l’antagoniste de toute façon, elle n’a pas perdu grand-chose.
Bon, j’arrive au bout de mon envie de continuer ce post. Je crois que si vous m’avez lue jusque-là, vous devez avoir compris, de toute façon. Le passage au Mal de Camille n’a pour moi rien du spectaculaire qu’on lui donne. C’est beaucoup de paillettes jetées par-ci par-là sur un épais glaçage d’exposition, tout ça pour déguiser que le gâteau qu’il y a en-dessous n’est pas assez cuit.
Ces trois « perso je trouve » peuvent sembler incendiaires, mais ne vous y trompez pas : si j’ai pu dire par le passé que Camille est l’un des personnages que j’aime le moins de la BD, je le regrette aujourd’hui. Pas que c’était faux à l’époque, mais au fil du temps, je n’ai pu que constater à quel point l’écriture du personnage est désordonnée, et ruine un potentiel qui aurait pu être super intéressant si utilisé correctement. J’aurais voulu, comme d’autres personnes du site, être fascinée par Camille au-delà de l’illusion de sa robe d’Impératrice, de son gentil visage transformé en celui d’une zombie, et du petit coup de flippe qu’elle donne à ses amis sans leur infliger de réels dégâts. Or, ce n’est pas le cas.
Mais il y a plusieurs choses positives, dans tout ça :
1/ J’ai écrit pour elle une série de posts nettement plus longue que celle que j’avais faite pour Lucius, mon personnage préféré, pour rappel. En bien ou en mal, il y a des choses à dire sur Camille, même pour quelqu’un comme moi qui est neutre vis-à-vis d’elle.
2/ Cette série de posts n’est que trois galets dans tout l’océan de créations sur Camille. Si mon gros blabla vous a démoralisé, n’oubliez pas que je ne suis qu’un avis parmi des myriades nettement plus positifs vis-à-vis d’elle. Je vous invite d’ailleurs à regarder les posts en bas de sa page Wiki Limbus : https://le-wiki-limbus.fandom.com/fr/wiki/Camille
3/ Je ne peux pas dire que la fin du tome 16 n’a pas piqué ma curiosité à son propos, et la BD n’est pas terminée. Je peux toujours changer d’avis !
Merci d’être arrivés au bout de ce Perso je trouve sur Camille ! Je ne sais pas si j’en ferai d’autres à l’avenir, ce sera en fonction de mon inspiration et de mon pathos ! D’ici-là, n’hésitez pas à raconter à votre tour ce que vous aimez ou non chez certains personnages !

