ATTENTION, DOUBLE-POST :D
Pour être plus précise, c'est une grosse partie du chapitre 2 de FuN, que je poste actuellement dans les histoires de Seuls, mais qui s'intéresse plus au fonctionnement des Limbes et à la façon dont l'imaginaire d'un enfant peut les impacter. Pas besoin de tagger celui-là du coup, vu que je remets la même chose mais voilà, comme tout le monde lit pas les histoires, je pose ça en théories aussi-
Du coup y a des formulations un peu alambiquées pour coller au ton du texte original mais si y a des doutes ou quoi je peux réexpliquer en commentaires-
Et sinon y a un résumé à la toute fin hihi
On pourrait dire que c’est le bordel, depuis un certain temps. Dans les faits, chacun fait ce qu’il veut, et les différents acteurs de cette représentation ont bien assez à gérer en dehors des temps de guerre pour parvenir à s’ignorer les uns les autres. Mais ces… querelles internes que sont les guerres entre Familles ne sont pas le seul problème qui peut se poser dans un univers tel que celui des Limbes ; ce serait sous-estimer une structure de cette ampleur, un univers incohérent et parfois bancal basé sur l’imagination de centaines, de milliers d’enfants, qui n’a aucune raison de s’arrêter à si peu. Non, les Familles et leur système ne sont que l’un des équilibres que l’on trouve dans ce lieu, et s’il peut sembler fragile au gré des affrontements, ce n’est finalement qu’un jeu de stratégie dans lequel s’affrontent des enfants-soldats.
Les anomalies sont un autre problème, qu’il s’agisse de souvenirs se superposant – auquel cas les bizarreries architecturales sont généralement les seules victimes – ou, plus étrangement, de singularités apparaissant semble-t-il par elles-mêmes dans un environnement livré trop longtemps à l’imaginaire collectif. Certaines s’effondrent sur elles-mêmes, entraînant avec elles les pseudo-civilisations qui se formaient autour, d’autres s’effacent simplement avec le temps, remplacées par de nouveaux souvenirs, ou détruites lors de combats qui ne les concernaient en rien. Dans la plupart des cas, pour peu qu’elles n’aient pas le temps de connaître un cycle de vie complet, ces anomalies ne constituent pas un danger outre mesure. Pour peu qu’on les évite, dans le cas contraire, elles ne font que condamner pour quelques décennies une portion des Limbes, et finissent inévitablement par disparaître pour laisser place à de nouvelles créations.
L’un des dangers plus pernicieux que l’on peut rencontrer dans les Limbes, autre que les membres d’un camp ou l’autre pour peu qu’on en soit l’ennemi, est l’apparition de Morts-Nouveaux. Il est d’autant plus complexe à appréhender que ceux-là ne sont, en eux-mêmes, pas un problème ; l’enjeu survient lorsque ces esprits, vierges de la plupart des règles communément acceptées, viennent fausser les fondations édifiées depuis des siècles par ceux qui les ont précédés. Il suffit de peu, parfois, pour provoquer par ricochet des événements dramatiques, que l’on ne peut pas même anticiper. Après tout, quel habitué des Limbes irait envisager possible qu’on y défie la gravité, loi indiscutable de nos mondes ? Comment prévoir, de là, les mouvements d’un ennemi capable de résister à des soldats entraînés, voire de tenir tête à des Magister au sommet de leurs arts ?
La plupart du temps, ces enfants, tout récalcitrants fussent-ils, finissent par rejoindre l’une ou l’autre des Familles, attrapés – sinon par le Bien – par ceux qui leur font face. Tout rentre dans l’ordre, d’une manière ou d’une autre, avant que la situation ne dégénère. Ceux disposant d’une imagination suffisante pour devenir réellement dangereux ne sont d’ailleurs pas si nombreux. Après tout, les enfants les plus jeunes n’ont pour eux que peu de cette qualité, qu’ils développeront au fur et à mesure de leur croissance ; en parallèle, ils apprendront que cette imagination ne peut plier le monde qui les entoure, qu’on peut vouloir voler tant qu’on le souhaite, le visualiser tant qu’on le peut, les pieds ne quitteront pas terre pour autant. C’est cet équilibre, à nouveau, entre illusions et compréhension du monde, qui permet aux Limbes de fonctionner malgré leur élasticité, malgré sa population toujours grandissante. Malgré toutes les limites qu’on devrait y rencontrer.
Imaginons, alors, qu’un enfant irait penser qu’on ne pointe sur lui qu’un jouet quand un soldat brandit un fusil d’assaut FA-MAS, arme efficace s’il en est. Pour peu que sa conviction soit suffisamment ancrée en lui, plus encore que la peur d’une balle, cette conviction peut altérer la nature même de l’arme, et annuler totalement tout effet qu’elle pourrait avoir sur son environnement. Qu’elle s’enraye, se révèle déchargée ou pire, transformée pour de bon en réplique plastique du produit original, le résultat sera le même : la plus grande armée du monde ne pourra rien contre la candeur d’un enfant persuadé de sa sécurité.
Du moins, on parle là de la théorie. Dans les faits, il suffit généralement d’un second tireur embusqué pour résoudre le problème.
Ce genre de cas se révèle – de toute façon – relativement rare puisque les enfants pourvus d’une imagination débordante finissent souvent étouffés par les convictions de leurs pairs. En effet, à moins d’apparaître absolument seul ou de refuser de rejoindre un groupe, un enfant de sept ans sera généralement pris en charge par les plus âgés, qui se chargeront alors de lui inculquer les limites à respecter. Peu nombreux seront les tuteurs qui accepteront de voir l’enfant s’élancer dans le vide pour prouver qu’il peut voler, ou du moins survivre à la chute, et les années passées à réfréner ces convictions se chargeront de les détruire à petit feu, aussi sûrement que si l’on se débarrassait de l’enfant lui-même. Il faut alors, pour accepter l’idée d’un sujet capable de tordre les Limbes selon son bon vouloir, imaginer deux alternatives.
Dans le premier cas, il s’agit d’un enfant jeune et encore ignorant des règles communément acceptées et en vigueur dans les Limbes, considérées à l’image du monde des vivants. Cet exemple sous-entendrait un sujet n’ayant pas fait le lien entre une chute et la gravité, n’ayant pas réalisé que son poids l’entraînerait systématiquement vers le sol quels que soient ses efforts pour se défaire de cette attraction. Au-delà de la réalisation consciente, il doit également ne pas avoir fait ce cheminement de pensée en son for intérieur, puisque l’inconscient influe à sa propre échelle sur le rapport que l’on a aux Limbes. Cet enfant, alors, aurait dû développer son imagination à un rythme bien plus élevé que celui attendu à son âge, afin de véritablement mettre en place des scénarios improbables. On pense les enfants doués d’une bien meilleure imagination que les adultes, quand il ne s’agit en fait que d’une meilleure perméabilité à cette imagination : ils apprennent depuis tout ce qui les entoure, toutes les histoires qu’on leur raconte, tous les imprévus qu’on leur présente. Quand on demande à un enfant ce qu’on trouve dans la forêt, les chances sont grandes qu’il réponde le loup, quand bien même celui-ci n’est plus si présent dans notre pays. L’imagination, en effet, est un talent que l’on développe.
Dans le second cas, l’enfant pourra être plus âgé. Il aura alors eu tout son temps pour développer son imagination, l’entretenir et la pousser aussi loin que possible ; il y a une possibilité, même, qu’il ait développé une certaine aversion pour la réalité, et apparaît ici un problème. Pour que cette imagination, toute fertile qu’elle soit, puisse influencer les Limbes autour du sujet, celui-ci devra faire preuve d’une véritable incapacité à comprendre le monde autour de lui. On peut accepter qu’un enfant de cinq ans n’ait pas conscience de la gravité, pour continuer sur cet exemple, et de l’effet de celle-ci sur le monde qui l’entoure. Il est moins aisé, en revanche, d’imaginer un adolescent n’ayant toujours pas compris qu’il ne peut simplement flotter au-dessus du sol, ou survivre à une chute d’une trentaine de mètres.
Ce second cas semble donc impossible. Il a pourtant été déjà rencontré, à plusieurs reprises, et l’on doit concevoir la possibilité de faire une entorse à ces deux options. Pour peu que la conviction de sa toute-puissance écrase les connaissances acquises précédemment, le sujet pourrait potentiellement être en capacité d’altérer la réalité dans le cadre des Limbes.
Une interrogation persiste quant à la fréquence de ce genre de cas. Il n’est tout de même pas si aisé de soudain refuser les règles auparavant acceptées quand il s’agit de limitations physiques ou mentales.
Intervient également ici la question des troubles psychiques ; quelle influence peuvent avoir les délires et hallucinations, perçus par ceux qui les subissent comme tout à fait réels, sur un monde composé d’un imaginaire collectif ? Les Limbes sont, par essence, changeantes. Si la paranoïa d’un individu le poussait à se croire poursuivi par d’insaisissables individus, créerait-il alors de nouvelles formes de vie, des ombres pseudo-humaines et pseudo-conscientes, comme d’autres ont pu amener avec eux les animaux ? S’il se pensait cible numéro une des Familles du Bien et de leurs soldats, cette conviction influerait-elle sur les plans et décisions des Premières Familles ? Un individu serait-il capable de changer à lui seul les priorités de ceux qui l’entourent ? (C’est là un nouvel écueil, puisqu’il est reconnu difficile d’estimer et de mesurer véritablement l’imagination et la conviction d’un individu.)
Les limitations physiques peuvent être plus complexes : un enfant né avec une quelconque déficience ou victime d’un accident, contraint déjà avant sa mort de se déplacer en fauteuil roulant, pourrait-il s’imaginer en guérir aussi simplement ? S’il est possible qu’on sous-estime les dégâts de certains types de blessures, qu’on pense en guérir plus rapidement qu’il n’est véritablement possible, il est rare de voir qui que ce soit se relever tout à fait indemne d’un immeuble s’effondrant sur lui. Au contraire, un enfant conscient de ses limites se rendrait-il alors plus susceptible de se blesser ?
Il n’est pas aisé d’étudier la question autrement qu’en théorie. Les sujets capables de ce genre d’exploits sont généralement opposés à l’idée d’être étudiés, voire agressifs quand on évoque l’impossibilité de leurs capacités. Pour peu qu’ils soient peu à peu intégrés à la masse de la population, l’explication de ces capacités disparaît en même temps qu’ils s’en éloignent, et les quelques sujets ayant dû être neutralisés n’ont alors pas laissé mettre en lumière les mécanismes mentaux permettant d’influer sur son environnement. Les Premières Familles ne maîtrisent malheureusement aucune technologie aidant à un quelconque progrès sur un sujet récalcitrant ou incapable d’apporter son soutien à la démarche. On ne peut alors se contenter que de spéculations.
En période de repos, quand les Élus des Familles du Bien et du Mal doivent céder leur place, ce genre de cas a tendance à se faire plus fréquent. Connaissant les capacités de ces Élus, s’agit-il alors d’un équilibre différent ? Les Limbes régulent-elles les capacités de ceux qui les habitent, ou le contexte de guerre des Limbes invite-t-il tout simplement à une concentration des nouveaux venus dans un camp ou l’autre, les Familles récupérant alors autant de chair à canon qu’il est possible d’amasser ? Une période de paix relative, comme l’ancien Imperator est porté disparu et le suivant, toujours aux abonnés absents, est-elle un terreau fertile pour les Morts-Nouveaux, afin que ceux-ci poussent à leurs extrêmes imagination et conviction ? Il s’agit encore une fois d’une question difficile. L’étude à échelle globale du fonctionnement des Limbes est rendue autrement plus compliquée par le manque de communication et de coopération entre les différents pays, et l’on ne saurait se baser uniquement sur les relevés de terrain d’une zone trop restreinte au vu des incertitudes persistantes quant aux règles générales des Limbes.
On peut imaginer, en effet, que les limitations ne sont pas les mêmes d’un territoire à l’autre. Pour peu que l’Histoire d’un pays soit romancée et diffusée, il y a des chances que cette histoire influe sur ses habitants. Si l’on se contente de considérer les différents pays comme des bulles plus ou moins indépendantes les unes des autres, on acceptera alors une généralité comme le fonctionnement des Limbes, fut-ce uniquement pour le pays concerné. Les frontières étant des inventions humaines dans la plupart des cas, mieux vaut garder à l’esprit que cette conception des règles générales des Limbes ne saurait être parfaite.
TLDR; A quel point la structure de l'univers des Limbes dépend de l'imaginaire collectif et à quel point il est solide sans ça ? Est-ce qu'il y a un équilibre inné aux Limbes (puisque l'Enfant-Minuit et l'Imperator sont apparus en même temps dans le cycle qu'on connaît, est-ce que c'est toujours le cas notamment) ? Est-ce qu'un enfant qui aurait été élevé par des parents très soucieux, rendu très prudent par la peur du risque/de blessures, serait plus susceptible de se blesser ? Est-ce que les maladies mentales peuvent influer sur le comportement d'autres enfants voire de systèmes ? Que se passe-t-il quand les nouveaux souvenirs d'endroits effacent les précédents si des gens y étaient encore ? Et s'il y avait des lieux qui, par superposition de croyances/souvenirs/vibes, gagnaient en singularité ?
Et autres questions que je me pose sur les Limbes-