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Les personnages de Seuls
De Le Maître Sain — 15 janvier 2026 à 16h14
Retour sur le tome 12 de Seuls
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« Les Révoltés de Néosalem », sorti en juin 2020.

 

Tome qui marque une rupture dans la série, à mon sens, et pas des moindres – même si elle apparaîtra définitivement dans le tome 13. Déjà, la série, pour plusieurs raisons, prend beaucoup de retards, et perd un peu ses lecteurs. Les directions prises ne plaisent plus ou lassent progressivement, mais la vibe reste bonne dans l’ensemble. Le vrai problème reste l’accumulation d’intrigues, de portes ouvertes, dont trop peu sont refermées. Ça manque de biscuit, pour ainsi dire.

On se dit que ça ira mieux au tome 13, qu’on croyait être explosif avec des révélations de Camille sur le Monolithe, les Limbes, leur mort, le père d’Yvan, etc. Et que Dodji allait trouver quelque chose d’incroyable au bout de la ligne, peut-être même la Vérité… Et patatras ! La déception tombe comme une guillotine.

Mais pour l’heure, restons dans le tome 12, tome saccadé, rapide, parfois difficile à suivre, systématiquement coupé, sans prendre le temps de souffler. Alors oui, on comprend : c’est Néosalem, c’est Leïla, c’est la révolution, donc ça va vite, très vite, et il y a beaucoup, beaucoup de persos à traiter. Et effectivement, c’est l’un des grands problèmes de ce tome : TROP de persos. Si on comprend le retour de Zahia, d’Edwige, de Charlie même, on hésite plus pour Octave et Alexandre, surtout lorsqu’ils passent dans le camp des Révoltés.

 

Le retour de Joachim et de Gaspard se comprend difficilement et rajoute de la complexité inutile au scénario. Gaspard sera certes réutilisé comme sous-fifre par Saul, mais ça reste encombrant malgré tout. On aurait pu s’en passer, et bonjour les explications pour faire comprendre leur apparence ou leur présence dans tel ou tel endroit… Qui plus est, les Révoltés délivrent également Lucie, Boris et d’autres Songe-Creux, et on a du mal à suivre tant il y a de persos sur lesquels se fixer…

Mais voilà, c’est Néosalem, il y a du monde, beaucoup de protagonistes, majeurs ou mineurs, et il faut bien les rappeler au souvenir, selon la fameuse loi tchekhovienne… Sans parler bien entendu des Sages, du Maître des Jeux, des Néosaliens, des Révoltés eux-mêmes, des soldats de l’ancienne et de la nouvelle garde qui commencent à se disputer… Ça fait beaucoup ! C’est sûr que ça tranche avec les tomes précédents…

 

Les Misérables

Mais Leïla reste seule malgré tout : isolée, désespérée, malmenée, sans alliés…initialement. Elle perd espoir, confiance, se sachant condamnée à vie à l’esclavage, à la prison, aux jeux, à la maltraitance… À payer pour ce qu’elle est, pour Camille, pour les autres. À être l’objet de Saul. Qui viendra la libérer ? Paradoxalement, c’est son petit mari, Anton, le bégayant, qui va sauver la situation. Faisant preuve d’un courage insoupçonné… Car il n’est pas qu’un rat de bibliothèque ! Heureusement, la fin focusse sur Leïla, Saul, Anton et Edwige, avec Lucie et le Maître des Jeux en décor, et c’est à couper le souffle, aussi déchirant que renversant.

Le scénario saccadé survole aussi, tristement, nombre de scènes qui auraient été intéressantes à découvrir : pourquoi Zahia a-t-elle accepté de les aider ? Et Alexandre ? Pourquoi saute-t-on du coq à l’âne en quelques pages, d’une scène à l’autre, comme par un voyage dans l’espace-temps ? Alors ce tome le gère mieux que le suivant, certes, mais on sent quand même que le rythme a changé, et que les auteurs ont commencé à accélérer la cadence – peut-être à cause du retard pris ou de la crise covid ?

 

Niveau saison, on se dirige doucement vers le printemps. On doit être en mars-avril, et c’est la fin de ce douloureux hiver qui dure depuis le tome 8 au moins, avec les tristes évènements du tome 9 et la solitude profonde et glacée des tomes 10 et 11. La Révolte inaugure la fin de l’hiver, de l’oppression, du désespoir, et le début de la liberté, du printemps des peuples…mais il y aura un prix à payer : arrestations pour certains, échecs pour d’autres, et sacrifices – celui de Leïla, et celui d’Anton, qui connaîtra sa Mort Dernière.

Il sera la premier de la série à connaître ce sort funeste mais mystérieux – car où va-t-on ensuite ? Tué par Saul, qui le détestait depuis assez longtemps finalement… Le fameux rival intellectuel. Scène terrible que cette mort dans les bras de Leïla, de ce pauvre garçon qui lui révèle ses pouvoirs et l’incite à résister et à rester libre, lui s’en allant heureux d’avoir réalisé son rêve : s’être fait des amis, et les meilleurs du monde… Son rôle étant terminé, il quitte la scène. Leïla choisit de se sacrifier pour le venger. Qu’importe si elle connaît sa Mort Dernière, du moment que Saul a des chances, lui, de la connaître…

 

Crépuscule

Autre problème du tome : l’élément Camille. Elle n’apparaît pas cette fois à son amie, en début de tome, pourquoi ? Parce qu’elle sait qu’elle échouera ? Ou qu’elle prend un risque trop grand en se montrant chez l’ennemi ? Ou tout simplement, parce que les auteurs manquaient de place ? Et on ne sait pas vraiment ce que Leïla pense de tout ça, du coup… Dommage. Un tome de 56 pages voire plus aurait été le bienvenu, ici. Idem pour le tome 13. Camille a droit à une ou deux cases en fin d’album, sur la route non loin de Néosalem, pour effrayer Saul et lui rappeler que, malgré ses grands airs de dictateur, il n’est qu’un tout petit enfant fragile et peureux : le noir des ténèbres reste son ennemi juré… La scène au couchant est splendide je trouve, autant qu’elle pétrifie.

Quant à la scène de fin avec Dodji et le mystérieux poème d’Aimé Césaire, qui laisse entendre qu’on est le monde, alors même que celui-ci s’écroule (qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Référence aux Limbes ? À l’éternel recommencement ? Qu’il y a plus grand que nous, en fin de compte ?), elle laisse présager le meilleur comme le pire pour le tome suivant. Dodji va accepter le challenge fou de Melchior…mais pour mieux le tuer et s’enfuir avec son ami – ignorant que tout a été orchestré par ce dernier depuis le départ, comme il le pouvait... Mais que se passera-t-il ensuite ? N’y aura-t-il pas plus, derrière tout ça ? Pour un tome de fin de cycle, on peut s’attendre à tout…

 

On peut d’ailleurs regretter qu’il n’y ait pas eu un tome supplémentaire dans ce cycle, pour atteindre le chiffre du groupe, le cinq. Cela aurait permis d’aérer un peu plus la densité scénaristique, et d’aborder plus précisément le personnage et la complexité de Camille, qui aurait eu droit à un dernier album de cycle la concernant, et en même temps ses amis auraient réussi à se retrouver. La fuite de Dodji, comme la révolution, aurait pu avoir lieu en deux parties, en deux tomes, et ça aurait peut-être mieux marché, je ne sais pas… Le cycle se serait terminé sur les fracassantes révélations de Camille concernant les Limbes, et la guerre aurait éclaté à ce moment-là. Nul ne pensait alors qu’elle allait être dézombifiée…

 

Le courage de résister

Un tome qui nous invite à prendre courage et à se battre pour ses convictions, à ne pas rester esclave mais libres. Et à sa sacrifier pour les autres s’il le faut. Leïla va même tourner la situation à son avantage, et déclencher une révolte générale, ne serait-ce que pour sauver ses amis de la folie de Saul. Quitte à y passer elle-même. Car il vaut mieux mourir libre que vivre esclave…

Zahia elle-même le comprend : en voyant à quel point Leïla lui fait confiance ainsi qu’aux autres, et jusqu’où elle est capable d’aller pour eux, elle consent à prendre un risque et à aller délivrer d’autres esclaves d’un genre différent : les Songe-Creux de la Chambre Blanche, dont Boris. Elle échappe de justesse aux soldats, mais que se passera-t-il lorsque ces zombies se réveilleront ? On avisera…car l’essentiel n’est-il pas qu’eux aussi soient libres, comme Zahia à présent ?

Octave également choisit de renoncer à tout pour suivre nos héros, car l’injustice des Premières Familles lui déplaît de plus en plus – et puis, il n’a plus vraiment le choix, maintenant qu’il a joué les entremetteurs avec Leïla et ses amis ! Toutefois, certains indices interrogent : est-il vraiment si clean que ça ? Ne va-t-il pas les trahir plus tard ? N’a-t-il pas d’autres buts en vue ? Quoi qu’il en soit, avoir un médecin dans le lot reste utile. Edwige a eu raison d’aller le voir, malgré les craintes d’Anton.

 

Edwige, justement, qui passe enfin dans la lumière et sauve la situation. Acceptant de renoncer à sa rancœur pour de plus grands desseins, voyant l’horreur de la situation, elle mène la barque avec Anton, duo improbable bientôt renforcé par le médecin Octave, puis Zahia, réconciliée avec eux pour la cause, et Alexandre lui-même, ancien ennemi et ancien soldat dégoûté par la tournure des évènements. Car il est vrai qu’en voulant être trop dur, Saul a fait exploser la situation et, une fois encore, s’est pris les pieds dans son propre piège. Par méchanceté, il fait sortir Lucie de la Chambre Blanche pour la faire participer aux Jeux de force, et c’est l’occasion pour Leïla de la sauver et de l’emmener loin d’ici.

Apparition surprise de Charlie également, allié de l’ombre, mais toujours pas prêt à les suivre (pourquoi d’ailleurs ?), qui tente de tuer Leïla dans l’espoir qu’elle revive ailleurs…et qui la laisse s’enfuir lors de l’épreuve. Lui non plus ne supporte plus Saul…qui pourtant a tendance à l’épargner, non ? Cela nous fait nous interroger : qu’est-ce qui a tant plu à Saul chez Charlie, jadis, pour qu’il en fasse son second ?

 

Alexandre nous étonne par son courage et sa débrouillardise, qui lui permet de sauver beaucoup de vies. Il convainc Joachim de l’accompagner dans la Révolte pour retrouver Achille et lui demander son opinion sur tout ceci, car il n’aurait jamais accepté que Saul aille jusqu’à marquer les esclaves au fer rouge… Joachim a des valeurs, et il est conscient qu’elles ne sont plus représentées à présent. On le voit brandissant l’arme de Dodji. Apparemment, il ne sait pas ce qu’Achille est devenu, et ce dernier ne lui a pas donné de nouvelles… Par conséquent, il est rentré bredouille à Néosalem, expliquant simplement qu’Achille a disparu en montagne… Tout ça, on l’imagine bien sûr, faute de mieux.

On voit donc que, pour éviter de s’assimiler complètement au néosalisme et de devenir aveugle, il est important de prendre conscience de ce qui ne va pas, comme Octave, et d’ouvrir les yeux. Très souvent, la souffrance joue un rôle crucial là-dedans. Lorsque la douleur, la cruauté et l’injustice nous frappent ou nous dépassent, alors la prise de conscience est là, et le choix est rapide.

 

Néron et Spartaca

On comprend d’ailleurs, d’après le Conseil, que le Maître-Fou, ancien allié devenu l’un de leurs pires ennemis, réapparaît à chaque guerre pour semer le bazar visiblement, et ils le craignent beaucoup. Puisqu’Achille a disparu, et qu’il semblerait que ce dernier avait, dit-on, une dent contre le Maître-Fou, beaucoup pensent qu’il est tombé entre ses mains… Ils en viennent alors à parler des cairns rouges qu’ils appellent Amas Pourpres, des Charbonneux, et des Protecteurs que Saul doit réveiller.

Mais pour cela, il doit absolument démontrer ses pouvoirs et prouver qu’il a le contrôle total sur son environnement…sinon, il perdra sa place d’Imperator ! Comme toujours, Saul va se servir des autres et des plus faibles pour asseoir son pouvoir, et tourner la révolte à son avantage pour traquer Leïla, comme un requin, et développer ainsi, enfin, ses pouvoirs, au grand bonheur de Lucius. Toutefois, sa principale faiblesse demeure : le noir des ténèbres…

Pourtant, seul son peuple et la confiance qu’il lui porte pourront développer ses pouvoirs…et à l’inverse, Saul devra réussir à leur inspirer confiance. D’où les jeux, qui mettront d’une certaine manière tous les enfants sur un même pied d’égalité… Mais en allant trop loin, on finit par se brûler les ailes…et Saul réussira, comme toujours, à foutre la pagaille partout, et à détruire tout ce qu’il touche, dont Néosalem…

 

Leïla, pour sa part, démontre un incroyable esprit de sacrifice dans ce tome, et, bien que Saul soit une exception, elle répugne à tuer qui que ce soit. Elle épargne donc Gaspard – qui oubliera bien vite ce précieux cadeau, obsédé qu’il est par le fait de retrouver son rang. Gaspard qui, lui aussi, fait les frais de la folie de Saul et de l’injustice du système des Familles – preuve que finalement, personne n’est à l’abri d’en subir les affres, et qu’il faut tous se serrer les coudes et faire preuve d’humilité et de compassion, car qui sait ce qui peut arriver un jour ?

Anton aussi sait qu’il doit prendre une décision, il doit sauver son amie et ne peut plus rester en ville, les bras croisés. Il choisit l’amitié et la justice au détriment de ses théories et des ressources qui lui sont offertes. Excellente décision. Mais il craint de faire confiance… Personne n’est fiable à présent, en ville. Il s’avère cependant qu’Edwige est beaucoup plus digne de foi, plus ingénieuse qu’on le croirait. Anton n’avait de toute façon pas le choix. Et lui aussi va risquer sa vie pour son amie, pour les autres. Qui l’aurait cru ?

 

En voyant cela, le premier reflexe de Diane est de penser…à elle, à ce qu’il adviendra des recherches à présent. Elle est déçue et se sent trahie…mais Siegfried lui rappelle, sans doute à juste titre, qu’elle n’a pas su l’apaiser suffisamment et lui donner confiance. C’était sans doute son rôle, que d’aguicher Anton pour mieux le convaincre de servir les intérêts de Siegfried et Isaure, dans le cadre d’une guerre interne. Mais Anton a vu clair dans son jeu, bien que Diane ne soit pas foncièrement méchante – elle emploie juste les mauvaises méthodes, et le comprendra enfin, avec la mort dernière d’Anton, voyant tous ses espoirs partir en fumée. D’autant que maintenant, les théories sont dans le sac d’Anton, car il ne veut pas qu’elles servent de mauvais desseins. Et le sac est entre les mains d’Edwige ! Tout comme Lucie d’ailleurs – qui a failli y passer dans l’histoire.

Siegfried, lui, enrage : leur plan vole en miettes, et on comprend qu’il est loin quand même d’être un simple théoricien : il veut surtout que la recherche serve les intérêts de la guerre. C’est sa seule différence avec Saul et Toussaint : Siegfried aussi souhaite la victoire, mais en alliant les armes à la compréhension de l’ennemi et des Limbes. Mais si celle-ci s’avère impossible, alors il se reportera sur les armes. Et dès lors, il rompra sans doute discrètement avec Diane, qui continue à croire naïvement aux solutions alternatives. Quant à Isaure, elle s’interroge : prendre le parti de Siegfried…ou de Diane ? Que penser de ce que sont devenues les Premières Familles, à présent ?

 

Suite et fin...

Toussaint, de son côté, poursuit sa stratégie de la belette et se soumet faussement à l’empereur. Il se hâte de l’avertir de la Révolte et met du zèle, avec Nathaniel et les autres, à mater les insurgés, prêt à les traquer pendant des semaines voire des mois… Eloi, lui, se désintéresse totalement de toutes ces choses et reste en retrait, car ses agissements secrets ont été comme un feu dévorant qui continue encore de brûler…

Je passe aussi sur les tensions entre ancienne et nouvelle gardes, qui vont bientôt exploser, car à trop vouloir changer les choses, on risque l’embrasement…et faire cohabiter deux entités qui se détestent et ne se comprennent plus, c’est risqué. Surtout à l’approche de la guerre ! Mais c’est pratique pour les Révoltés…

 

Je passe rapidement sur Jonathan, bien loin d’ici, remis sur pied et redevenu « normal », se confondant en excuses, demandant à ce qu’on ne raconte pas ce qui s’est passé à quiconque, et avouant se souvenir un peu de ce qui lui est arrivé, à Fortville…avec le Nadir, cette créature horrible et invisible des Cauquemares de la Quatorzième Famille, qui l’a changé en Antimage (sur demande de Camille), et « annihilé », d’une certaine manière. Ils savaient visiblement que seul Jonathan, et personne d’autre, pouvait devenir le Ravaudeur. Lex et Yvan tentent de lui remonter le moral à leur manière…

Quant à Terry et Koupchou, ils comprennent que les hélicos allaient en fait vers Fortville et qu’ils se sont trompés de direction…ils font demi-tour, mais Koupchou insiste pour qu’ils continuent, car un danger les suit depuis des jours et les guette. Eux ne le voient pas (sauf Koupchou ?), car ce n’est pas un danger comme les autres, il est très intelligent et agit curieusement : le T-rex du parc, qui a pris vie ! Quelle surprise ! Ça, c’est inattendu… ^^

 

Moralité, même une petite dépanneuse peut sauver la situation et s’avérer plus forte que tout ! Après leur trip Thelma et Louise, Leïla laisse Edwige et part seule à la confrontation avec Saul, développant son incroyable acuité ce faisant… Saul la tue finalement et pense avoir gagné…mais il tombera bientôt de haut. Camille le lui dit : il n’est pas immortel… ! Saul fuit à pleines jambes, sans même adresser la parole à son ancienne chérie, devenue pour lui une ennemie, un objet d’horreur… Heureusement que le Maître des Jeux n’a pas filmé ça… Nos Révoltés arriveront-ils à quitter la ville ? Qui se fera capturer ? Où iront-ils ? Réponse dans le dernier tome du cycle…

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