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Les personnages de Seuls
De Le Maître Sain — 16 janvier 2026 à 01h09
Retour sur le tome 13 de Seuls
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« Les Âmes Tigrées », sorti en novembre 2021.

 

Dernier tome de ce cycle consacré aux aventures solo et aux pouvoirs. Eh non, ce ne sera pas un tome seulement consacré à Dodji ! Il va bien vite retrouver ses amis…et Camille ! Et pour pouvoir caser tout ça en 48 pages, il va falloir pratiquer le désormais culte « bourrage de cartable », qui va rendre la lecture compliquée et fatigante…et peu agréable. Un tome de réunion, après toutes ces années (ou tous ces mois), dans lequel il ne s’est pas passé grand-chose, et où l’on n’a pas appris grand-chose… OK Camille est sauvée et dézombifiée. Et après ?

Et puis, pour un tome de fin de cycle, je trouve que la fin n’a rien de renversant. C’est étonnant, mais sans plus ? Faire la paix et pas la guerre, pour ouvrir les Portes du Paradis ? Bof… Classique. Du coup, ça ne donne pas trop envie de lire le tome et le cycle suivants, sauf pour les fans hardcore… Seuls est progressivement délaissé par les lecteurs…jusqu’à Dupuis elle-même, qui choisit de s’arrêter là avec la série ! Celle-ci s’enfonce et se perd dans des méandres inconnus… Pourra-t-on changer cela ? Ce sera aussi l’un des objectifs du cycle suivant, consacré à essayer d’empêcher la guerre, qui commence tout doucement. Alors oui, l’objectif sera aussi d’essayer de comprendre ce qui est arrivé à Camille, et ce sera intéressant, mais sans plus. Il faudra vraiment jouer des coudes pour raviver l’intérêt des lecteurs…

 

La ligne rouge

Mais pour l’heure, revenons aux Âmes Tigrées, titre bien mystérieux, réflexion profonde sur la ligne médiane entre le bien et le mal (un petit clin d’œil avec le maquillage de Leïla, au tome précédent ?), le conscient et l’inconscient, que Melchior voulait inculquer à Dodji, son « successeur ». Car le grand ennemi de ce tome, d’où le choix entre les couvertures, c’est soit Melchior/le Maître-Fou, soit Camille…soit les deux ! Melchior, on comprend, mais Camille… ? En ouvrant ce tome, on s’attend à tout.

Pour commencer, Dodji accepte l’épreuve, mais on pense quand même qu’il ira jusqu’au bout…or, il a déjà un plan en tête. Il ne traversera pas totalement Fortville ; le retour prévu sera pour une autre fois. Son piège fonctionne et, désormais en possession des clés (enfin, de la clé, où est passée l’autre ? Idée abandonnée ?) du Maître-Fou, il découvre l’identité de son co-détenu…la tête de Melchior ! Quelle surprise, à l’époque ! Et la tête ne pouvait le lui dire, car cela faisait partie du plan…

Jadis décapité par un Archange, dans des circonstances encore à élucider… Décapitation qui a créé une partie bonne, et une partie mauvaise. Depuis, Mélou cherche malgré tout un successeur pour être le Médiateur, l’Elu de la Famille Médiane – le véritable nom de la Huitième Famille (avant qu’elle fût réduite en esclavage par les Premières Familles pour d’obscures raisons). Et Dodji, pour des raisons qu’on ne comprend pas encore, a été choisi comme son héritier et devait être formé dans ce but…mais comme Melchior ne se contrôlait plus désormais, la formation allait être un peu particulière. Brutale. Mais la tête conservait le contrôle malgré tout, et cet apprentissage était nécessaire pour empêcher un nouveau carnage – le but étant d’éveiller le pouvoir de Dodji.

 

Les choses se précisent

Enfin, après des années d’attente, en inspectant la fresque d’un mystérieux bunker, nous connaissons les noms de toutes les Familles ainsi que leurs objectifs (en grande partie). Ça plus la Force qui traverse les Limbes et chacun de ses habitants, avec ses règles très particulières – à l’époque autant qu’aujourd’hui, c’est complexe à suivre et à intégrer, et il faut s’accrocher pour comprendre (une autre de mes déceptions dans la série, c’est beaucoup trop technique parfois). Melchior, qui a étudié les Limbes pendant très longtemps, met Dodji en garde contre les émanations incontrôlables des deux élus : les Archanges et les Aéons d’une part ; les Cauquemares et les Nadirs de l’autre.

Avant de révéler à Dodji qu’il aimerait bien qu’il le réunisse à son corps afin de conjurer le sort (preuve aussi que Melchior est un malin qui ne dit pas toujours tout), il accepte de l’aider à retrouver ses amis avec la clé magique. Terry et Koupchou (qui ne sont pas entrés à Fortville finalement, contrairement à nos attentes) sont ainsi sauvés du dino, un Cauquemare créé par Terry (qui s’attache donc à son créateur…). Leïla, qui, par sa Prescience, a retrouvé un enfant perdu après s’être réveillée de sa mort loin de Néosalem (sans le 8 sur le front), retrouve ensuite son amoureux de toujours, ainsi que son petit rouquin adoré. Pendant ce temps, Dodji cache bien évidemment la tête aux autres.

 

Puis ils retrouvent Yvan à Moulin-Vallon, avec Jonathan, Lex, Zoé et Ajza (qui s’y étaient rendues aussi) … mais sans que l’on puisse voir Zéphyr et Annette, qu’on attendait tant. Manque de place ? Changement d’avis ? Persos tierces sans importance ? Mais dans ce cas quid de l’enfant sauvé par Leïla, quand même montré dans la série ? Et des trois nouveaux qui apparaîtront plus tard dans la BD ?

Quoi qu’il en soit, Dodji ne perd pas de temps et leur dévoile l’existence de Melchior. Ce dernier leur révèle qu’ils sont des Âmes Tigrées (comme lui jadis) et qu’ils ont des pouvoirs très spéciaux, car ils ne se situent dans aucun camp et se tiennent au milieu. Mais pourquoi eux cinq seulement ? Et quid de Camille, qui est l’Enfant-Minuit pourtant ? À ce moment, Yvan révèle ce qu’il aurait dû taire, à savoir ce qui s’est passé avec Jonathan à Kerdol. Bonne ou mauvaise idée ?

Il apprend également la mort d’Anton, mais là encore, ça fait partie de toutes ces scènes « coupées au montage », et justement, on a l’impression que ce n’est rien pour lui, alors qu’ils étaient grands amis et que la disparition d’Anton de la série, ce n’est pas rien quand même ! Mais ces retrouvailles chaleureuses entre amis sont en demi-teinte : Camille manque à l’appel, zombifiée. Certes, leurs aventures en solo les ont beaucoup changés, et ils n’ont plus peur de rien à présent.

 

La Huitième Famille

Avant d’aller plus loin, Leïla suggère de retrouver leurs camarades révoltés, qui ont réussi à berner leurs poursuivants et à trouver un (vrai) point de ralliement (impressionnant d’ailleurs, surtout pour connaître cet endroit, et je me dis qu’ils auraient pu avoir des hélicos aux trousses…) : une église en ruines cachée dans une forêt, comme de véritables Robins des Bois. Heureux…et libres. Leïla, leur libératrice revenue d’entre les morts, est accueillie en héroïne. Cela me fait penser que la révolution a vraiment été un élément central dans la série, pour pouvoir reformer la 8e Famille Médiane sous les ordres de Dodji cette fois… Qui aurait cru, en lisant le tome 8, que la 8e Famille, celle des esclaves sans noms, aurait/avait une telle importance ?

Je note curieusement que, dans le tome 13, les Révoltés ont changé de fringues (exception d’Alexandre) …alors que dans le Cycle 4, ils retrouvent leurs anciennes nippes. Bizarre…

Lucie et le Maître sont enfin réunis. Dodji, heureux de retrouver Edwige (toujours aussi amoureuse, mais Leïla n’est pas loin…), récupère son flingue des mains d’Alexandre (qui l’a reçu des mains de Joachim ; ce dernier n’a d’ailleurs plus été revu une seule fois depuis, étrange…). Zahia les informe ensuite qu’ils ont emprisonné les Songe-Creux dans les combles de l’église (eh oui, on critique la Chambre Blanche hein), mais juste le temps de trouver mieux – heureusement, Yvan sait dézombifier à présent : il les délivre l’un après l’autre dont Boris (toujours pas revu non plus depuis).

 

Ceci fait, il faut s’occuper de Camille. Celle-ci, anticipant leur venue pour les piéger, les attend sur une sorte d’île embrumée avec un chêne centenaire (bel endroit d’ailleurs), où elle aimait venir étant petite – donc non loin de Fortville ? Entourée d’insectes et de petits animaux et oiseaux, elle commence à leur parler en énigmes (dont la fameuse phrase sur la « tragédie qui se joue et que personne ne voit », sans doute par rapport à la guerre qui risque d’éclater sur Terre), et ses amis ne savent comment l’aborder. Dommage que Camille n’ait pas eu un face-à-face perso avec Dodji…

Pour la dézomibifier, Yvan la capture, mais ça ne marche pas – peut-être parce qu’il lui manque un bras, justement…les Dernières Familles avaient tout planifié, car elles le savaient déjà. Comment faire pour neutraliser les Dernières Familles sans armes ? Comment sauver leur amie ? Terry, lui, se fait gober par le dino revenu pour l’occasion, et Leïla doit abattre le chêne pour terrasser la bête. Dodji, pris au piège, veut encore se sacrifier, et on croit sa fin venue (et franchement, la série aurait pu s’arrêter au tome 13…) ; mais voilà, il parvient à se découvrir un autre talent : il peut tirer avec ses doigts ! Il parvient à dégommer le dino, qui n’était que du plastique.

Dedans, ils trouvent…la réponse de la mère de Terry à son fils, avec le Doudou ! Apparemment, elle a reçu le message en songe, et a ensuite écrit une réponse en brûlant le papier dans l’espoir qu’il parvienne à son enfant mort.

 

Scène déchirante, l’une des plus tristes de la série, et qui démontre d’ailleurs, comme le disait Lucius, que les liens entre morts et vivants restent subtils… Et voilà qu’on découvre une expression mystérieuse, une nouvelle (qui aurait pu être le titre d’un tome, par ailleurs), la « Nuit des Anges » … La nuit où ils sont morts ? Mais pourquoi ? Leïla a l’impression de l’avoir déjà entendue quelque part…

Camille s’effondre aussi en larmes, confuse, et tous pleurent et se prennent dans les bras. Autre belle scène. Et voilà que grâce à cette amitié (ou autre chose ?), ils parviennent à guérir l’Enfant-Minuit. Celle-ci a cependant tout oublié, comme sortie d’un long cauchemar (mais consciente, curieusement), et compte bien essayer de comprendre ce qui lui est arrivé, à commencer par sa mort sur Terre. Elle sent bien qu’elle inspire la méfiance autour d’elle, à présent… Mais voilà, ils sont réunis, pour toujours, et dans ce qui deviendra leur coin favori du camp, le cimetière, comme par hasard – et qu’on reverra dès le début du tome suivant, car il aura toute son importance…

 

Queue de poisson

Mais voilà, à nouveau une séparation pour notre conseiller favori : Dodji doit honorer sa part du marché et accompagner la tête de Melchior seul, dans une mission secrète et assez spéciale, pour essayer de « recoller les morceaux ». Le corps poursuit ses énigmes sans queue ni tête sur la vie et la mort, et montre à Dodji ce qu’il devait récupérer : un marteau…épinglé au mur de la grotte (de la mine de sel, somptueuse d’ailleurs) par un clou ! Paradoxe, absurdité… Mais le corps refuse de perdre sa liberté (et de changer) et les attaque – heureusement, Achille, qui les traquait depuis des mois, a lui aussi suivi la ligne à sa manière, et enfin retrouvé Melchior.

Il l’attaque ainsi que Dodji, chassant la mauvaise partie de Melchior au passage ; mais la tête lui explique la situation et, une fois recollée (bien et mal réunis, mais la tête reste bonne), lui annonce qu’il croit savoir où est Jézabel, leur amie commune visiblement disparue à cause de Melchior, et qu’ils vont essayer de découvrir cette dimension inaccessible où l’Archange, qui a décapité Melchior, la retient prisonnière, car elle n’est pas morte… Achille accepte donc de suivre son ancien ami.

Pendant ce temps, sans clé, Dodji soit se débrouiller avec une nouvelle mission : en tant que Médiateur, réussir là où Melchior a échoué, et obtenir la paix dans les Limbes…sinon, lui et ses amis y resteront bloqués pour toujours, et les portes du paradis ne s’ouvriront jamais…

 

Drôle de fin et de fin de cycle, pas vrai ? Un peu décevante, alors que le potentiel était immense, surtout niveau révélations. On n’y est pas vraiment. Trop accéléré à la fin, trop confus, trop classique… La paix, les pouvoirs, etc. Et Melchior s’en va comme ça, sur cette conclusion ? Pauvre Dodji… Le seul point positif est qu’il semble possible, enfin, de quitter les Limbes – ils se posent la question depuis le tome 6.

Par la suite, Dodji devra d’ailleurs se débrouiller pour sortir de la grotte et retourner au camp, très loin, sans savoir où c’est… La magie de la fiction…et c’est là où la série, j’en reparlerai, va prendre un tour gamin et un peu irrationnel (surtout dans les dialogues) qui ne me convainc plus vraiment. À ce titre, on pourrait parler du bras mécanique d’Yvan, greffé comme par miracle grâce aux bons soins et talents de Jonathan, et Yvan s’en sert admirablement bien, n’est-ce pas ? Alors, que Jonathan ait réussi un truc pareil, passe encore, mais que ça ait véritablement remplacé le bras d’Yvan sur le plan fonctionnel, franchement j’en doute…

 

Je passe sur la scène entre Saul et Toussaint, où Saul, terrifié par sa rencontre de la fois dernière avec Camille, fait briller Néosalem de mille feux dans la nuit, et semble perdu dans une sorte de colère noire, consentant sans mot dire à l’idée de Toussaint qui est, possiblement, de renverser le Conseil pour le tourner à son avantage (et à celui de Toussaint), c’est-à-dire la guerre absolue, avec des armes modernes. Pour l’heure, Saul devra faire profil bas et accepter de jouer à la cérémonie imminente des Protecteurs, puisqu’il maîtrise désormais son pouvoir. Toussaint, lui, n’a que faire de ces vieilles méthodes dépassées et pense surtout au coup d’Etat avec la nouvelle garde – qui n’aura pas lieu, on verra bien vite pourquoi.

 

En route pour le cycle 4…

Autre curiosité : à un moment donné, Melchior dit : « Les familles, en guerre, se sont unies assez longtemps pour me couper en deux, la tête d’un côté, le Maître-Fou de l’autre… » ça ne correspond pas à ce qu’on apprend dans le tome 16, où il fait le lien entre son incident et ce qui est arrivé à Jézabel, donc incluant l’Archange dans l’affaire. À aucun moment, il ne s’est agi d’un complot des deux camps pour se débarrasser de lui – et pourquoi le couper en deux d’ailleurs ? À moins que ce ne soit un moyen poétique et mystique, comme d’habitude, de raconter ce qui lui est arrivé – ou alors les auteurs ont tout bonnement changé d’avis ! Mais même avec le recul, on ne comprend pas trop où il voulait en venir…

En tout cas, il s’est retrouvé divisé en deux, lui qui ne voulait pas choisir de camp – et il continuera bien plus tard, même réuni, à dire « nous », gardant toujours en lui cette part sombre du Maître-Fou (thème intéressant d’ailleurs). Je dois avouer aussi que la disparition de ce danger qu’était le Maître-Fou me manque un peu… Son potentiel effrayant était impressionnant ! Un vrai bad guy, digne de la série. Et la frimousse de Melchior surprend au premier abord, tout comme son apparence par la suite… Il y a clairement un côté heroic fantasy, mais ça passe quand même – ses cinq cheveux blancs rappellent qu’il a été, pendant un certain temps, le « formateur » des cinq. Mais on ne l’aura pas vu assez longtemps dans ce rôle, malheureusement.

 

Au passage, c’est dans ces années-là que le premier opus du spin-off de Seuls, « Souvenirs des Limbes », est sorti, avec l’histoire d’un garçon handicapé tombé dans les Limbes, qui doit se débrouiller pour survivre… Je ne l’aborde pas bien entendu, mais c’est sympa à lire, et très court !

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